la bûche de Noël et le gui du Nouvel An
C’est une tradition toujours vivante dans les familles françaises de terminer le repas de Noël par une pâtisserie dénommée bûche de Noël et de se souhaiter la Bonne Année sous une rameau de gui.
Si l’importance symbolique qu’évoque le gui est généralement connu, celle qui donne un sens à la bûche de Noël paraît de nos jours complètement oubliée. Pourtant, elles ont une source commune, celle de la grande fête solsticiale d’hiver que les Gaulois organisaient avant la christianisation du pays
Chez les peuples Gaulois, l’année commençait au solstice d’hiver Sachant que le soleil à cette époque allait sortir de sa ligne lointaine pour se rapprocher d’eux et faire augmenter la durée du jour, ils considéraient que commençait alors un nouveau cycle de vie, une nouvelle année.. Les druides qui suivaient, en astrologues avertis, la succession des jours, ne rataient pas le moment où le soleil amorçait sa remontée. Annonçant au peuple la naissance de la nouvelle année, ils donnaient le signal du départ pour la cueillette du gui sacré. Un immense cri de joie « Au gui l’an neuf » poussé par tous accueillait l’annonce et chaque famille venait quérir un bouquet de gui qu’elle rapportait dans sa demeure pour que, pendant l’année nouvelle, le bonheur demeure dans le foyer. Cette association du gui au bonheur s’est maintenue depuis lors et c’est ainsi que les membres de nombreuses familles se souhaitent, lorsque sonnent les douze coups de minuit dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, une bonne et heureuse nouvelle année en se tenant debout sous une branche de gui.
Les fêtes du solstice d’hiver comportaient aussi le rite de la bûche, grâce à laquelle le feu domestique était maintenu. Ce rite a survécu, dans de nombreux villages du Perche et de la Beauce, correspondant aux anciennes cités des Carnutes et des Cénomans et ce sont les chroniqueurs chartrains qui les ont relatés. Lorsque le solstice est annoncé, la maîtresse du logis place une bûche dans le foyer et l’allume avec un vieux charbon extrait de la bûche de l’année précédente, relique vénérée, précieusement conservée. La nouvelle bûche doit brûler trois jours et deux nuits et l’on en réserve un fragment qui devra servir à allumer la bûche de l’année suivante Ce tison reste au logis principal et est soigneusement conservé comme une amulette destinée à préserver la maison du tonnerre et ses habitants des maladies et des mauvais sorts. Jusqu’ au milieu du 19ème siècle, quelques familles observent toujours ce rite de la bûche, auquel elles donnent le nom de Tréfeu, dont l’origine remonte au culte que les Gaulois rendaient au feu. Ceux-ci se réunissaient la nuit de l’équinoxe autour des peulven, sortes d’obélisques bruts dressés sur la pointe et dont l’aspect pyramidal servait à représenter la forme sous laquelle le feu sacré s’élevait vers le ciel.
Nous pouvons rapprocher l’image de ce tison, qui se perpétue en se renouvelant chaque année, avec celle du phénix renaissant de ses cendres. Les grands et véritables symboles sont universels, seuls les mots qui expriment les idées qu’ils représentent et les fables qui les portent au long des millénaires et des civilisations diffèrent.
Depuis le milieu du 19ème siècle, le gâteau de Noël, amoureusement confectionné par la mère de famille, s’est généralisé dans nos campagnes et ce n’est certainement pas par hasard qu’il a été nommé bûche, tant le rite de la bûche demeurait présent dans la mémoire collective des populations. Qui plus est, il se substituait à ce petit pain cuit dans la maison la veille de Noël et conservé toute l’année pour servir de protection contre les maladies.
Guy PIAU